Psychophysique
Après avoir établi les attributs fondamentaux de la Substance, il devient nécessaire d’examiner ses deux expressions directes : l’organisation matérielle et l’organisation vécue. Dans Conscience du Réel (notée CdR), ces deux régimes ne sont ni séparés ni hiérarchisés : ils constituent deux faces simultanées d’un même processus. La psychophysique décrit donc comment le Réel se manifeste à la fois comme structure du monde et comme expérience du monde, avant toute élaboration mentale. C’est le point de jonction entre physique et vécu, indispensable pour comprendre les sections qui suivront.
Produits Physiques
Pour comprendre ce qui va suivre, il est nécessaire de saisir la notion de dimension spatiale. Nous vivons dans un monde à trois dimensions (3D, ex. : m³), où tout objet possède une longueur, une largeur et une hauteur. Par exemple, une boîte peut être décrite par ces trois mesures. Un espace à une dimension (1D, ex. : m ou m¹) peut être imaginé comme une ligne droite, comme une règle. Un espace à deux dimensions (2D, ex. : m²) correspond à une surface plane, comme une feuille de papier. Notre cerveau perçoit naturellement ces trois dimensions grâce à la vision et au mouvement, ce qui nous permet de naviguer dans le monde. Dans des contextes scientifiques ou philosophiques, la notion de dimension peut s’étendre à des idées plus abstraites : une quatrième dimension (le temps) ou même des dimensions théoriques au-delà de notre perception ordinaire.
Représentons-nous maintenant la substance du réel dans son état le plus simple imaginable, et observons comment cet état se complexifie et quels produits et notions physiques émergent de cette complexification.
L’état le plus simple concevable est celui où toute la substance du réel (notée CELA) se trouve dans un état de densité maximale, sans différenciation interne.
Je l’illustre comme un point, non pas au sens géométrique, mais comme une configuration où aucune étendue spatiale discernable n’est encore présente.
Mais par sa propriété d’être dynamique en substance, CELA ne peut demeurer dans cet état de densité maximale. Elle doit s’étendre. Si elle le fait selon un axe dimensionnel, elle forme une ligne ; sur deux axes, une surface ; sur trois axes, un volume. Mais pourquoi s’arrêter à trois axes ? Ou à quatre ? A priori, la substance devrait pouvoir se déployer selon autant d’axes dimensionnels que nécessaire pour réduire directement son état de densité, c’est-à-dire pour distribuer son être de manière plus étendue. Or, le calcul de la variation du volume d’une hypersphère en fonction du nombre de dimensions indique un maximum situé entre cinq et six axes :
Voyons si cet indice de 5 ou 6 axes nous sera utile.
Partant d’un état de densité maximale, illustré comme un point, imaginons que CELA s’étend sur un axe dimensionnel :
Toutes ces notions physiques — accélération, vitesse, distance et temps — procèdent de l’exploitation d’un même axe dimensionnel fondamental.
Pourquoi y inclure le temps ? Parce que sans temps, CELA ne pourrait se déployer : elle demeurerait dans un état de densité maximale, sans actualisation possible.
Cette première dimension, à la fois spatiale et temporelle, ne correspond donc ni à l’une de nos dimensions euclidiennes (x, y, z), ni à la dimension temporelle de la relativité (3 spatiales + 1 temporelle).
Nos dimensions usuelles d’espace et de temps ne peuvent être que des produits dérivés des dimensions fondamentales — des effets de la dynamique interne de CELA.
Comme CELA existe en tout point de l’espace spatial et temporel qu’il génère, et que cet espace est fini mais entièrement rempli par cette substance, nous pouvons représenter chaque portion d’espace comme composée de multiples points de CELA. Ces points ne sont pas isolés, mais en interrelation permanente.
Maintenant, imaginons que, pour réduire sa densité, notre ligne de points passe progressivement de 1D à 5D. Cela va produire des interactions, des tensions internes, des échanges dynamiques — bref : des effets. Nous pouvons représenter cette complexification comme une construction progressive de structures, chaque niveau exploitant davantage d’axes dimensionnels :
- 1D : une ligne faite de points. L’interaction entre les points sur cette ligne donne naissance à des notions comme distance, vitesse et accélération.
- 2D : une surface faite de lignes de points. Les lignes interagissent dans cette surface, donnant lieu à des ondes, à la pression, et aux premières formes de structuration spatiale.
- 3D : un volume constitué de surfaces interagissant. Ici apparaissent des notions comme volume et masse (vue comme pression en mouvement).
- 4D : un hyper-volume où les volumes 3D interagissent sur trois dimensions supplémentaires. Cette mise en relation dynamique de masses engendre des forces.
- 5D : lorsque ces forces s’exercent sur des distances dans un hyper-volume, elles donnent naissance à l’énergie, vue comme force en mouvement.
Autrement dit, à chaque niveau d’interaction entre structures dimensionnelles, de nouvelles notions physiques émergent naturellement. Les relations fondamentales de la physique nous indiquent que toutes se classent aux dimensions indiquées, et chaque notion (ex : force, énergie) naissant bien de l’exploitation de ce nombre d’axes dimensionnels.
Ainsi, chaque grandeur physique se situe à un niveau dimensionnel axial. Par exemple, la force est au niveau car :
avec et ,
d’où :
De même, l’énergie est au niveau car :
et ,
donc :
Alors pourquoi la vitesse, qui désigne un rapport entre distance et temps (), n’est-elle pas de dimension zéro ? C’est qu’il s’agit ici de dimensions axiales. Combien faut-il d’axes pour indiquer une accélération, une vitesse, une distance ou un temps ? Il n’en faut qu’un. Donc, toutes ces notions — distance, temps, vitesse et accélération — ne peuvent être que de dimension 1. Elles exploitent toutes un seul et même axe génératif : celui qui ouvre simultanément l’étendue spatiale minimale et le flux temporel élémentaire. Ainsi donc, en s’étendant, CELA ne produit pas seulement de l’espace : elle engendre des lois, des dynamiques, des structures. Ce point est crucial : les lois physiques ne sont pas extérieures à la substance, mais sont les effets mêmes de son déploiement dimensionnel. C’est pourquoi chaque nouvelle dimension axiale exploitée par CELA donne naissance à de nouvelles notions — et, ultimement, à notre réalité physique.
Ceci dit, il est clair que nous ne vivons pas dans ces espaces dimensionnels. Il serait plus juste de dire que nous en sommes faits, ainsi que l’espace-temps dans lequel nous vivons. Nous y reviendrons dans les pages consacrées à la physique. Mais pour l’instant, plutôt que de tenter d’imaginer à quoi ressemblerait une substance s’étendant sur de multiples dimensions à la fois spatiales et temporelles, voyons quels en sont les produits psychiques.
Produits Psychiques
Jusqu’ici, nous avons suivi le déploiement physique de CELA (point, ligne, surface, volume, temps). Mais selon CdR, le physique et le psychique ne sont pas séparés — ils sont deux faces d’un même processus. Observons maintenant comment cette même structure dimensionnelle se manifeste dans l’expérience vécue, en prenant l’exemple de la vision.
Dans ce modèle, il n’existe pas deux réalités — l’une « matérielle » et l’autre « mentale » — mais une seule et même substance en déploiement, nommée ici CELA. Le monde physique et la conscience ne sont donc pas séparés : ils sont deux manières pour cette même réalité de s’exprimer.
Autrement dit, ce que nous appelons « matière » et ce que nous appelons « esprit » ne sont pas deux domaines différents, mais deux perspectives sur un même processus. Le réel n’est ni purement matériel ni purement mental : il est psycho-physique par nature.
Cette unité explique pourquoi les formes d’organisation que nous avons observées dans le monde physique — des structures simples aux systèmes complexes — se retrouvent également dans la manière dont la perception se construit. La conscience n’est pas quelque chose qui s’ajoute au monde : c’est une façon pour le réel de se reconnaître et se structurer à travers nous.
Partant de notre certitude minimale — la perception de qqch de changeant — nous pouvons aborder la perception consciente comme un produit non pas d’une matière indépendante, mais de cette même substance unique que nous avons vue engendrer l’espace, le temps et les lois physiques.
Si tout ce qui existe procède d’une seule et même substance — nommée ici CELA — il ne peut exister de sujet réellement séparé de l’objet, ni de « percevant » extérieur à la réalité. Ce que nous appelons conscience n’est pas une entité distincte, mais une modalité particulière d’organisation de cette même substance. Autrement dit, la conscience ne se surajoute pas à l’univers : elle en est une propriété émergente, issue du déploiement progressif de CELA selon des axes de complexification déterminés.
Partant de notre certitude minimale — la perception de qqch de changeant — nous pouvons aborder la perception consciente comme un produit non pas d’une matière indépendante, mais de cette même substance unique que nous avons vue engendrer l’espace, le temps et les lois physiques.
En appliquant au domaine perceptif la même méthode que celle utilisée pour les produits physiques, on peut supposer que la perception émerge elle aussi d’une complexification progressive selon certains axes. Le tableau suivant, bien que schématique, propose une ébauche de cette progression : à chaque nouvel axe perceptif correspond la naissance d’une structure supplémentaire de discernement.
Ainsi comprise, la perception consciente est une construction dynamique. Elle résulte d’une série d’opérations différentielles, chacune fondée sur la reconnaissance d’une différence perceptible et organisée selon un axe spécifique. Ces discernements structurent à la fois notre expérience du monde extérieur et celle du monde intérieur : ils constituent les mécanismes par lesquels CELA, à travers nous, se distingue, s’explore et se reconnaît.
La progression D¹–D⁸ est de nature ontologique, non simplement descriptive ou fonctionnelle. Elle ne représente pas une opération du mental humain, mais la structure du réel en acte. La cognition humaine ne fait qu’en réfléchir le fonctionnement, car elle en est une expression locale. Autrement dit, l’ontologie génère la cognition, et non l’inverse.
La conscience (D⁵) n’est pas « produite » au sens causal, mais émerge du premier rapport réflexif complet du champ de CELA à lui-même. D⁵ désigne le seuil ontologique où la perception devient simultanément perçue et percevante — la forme minimale de la conscience. Ce n’est donc pas une causalité externe, mais une auto-configuration nécessaire du système lorsqu’il atteint la réflexivité complète.
De cette structure, il découle que la perception implique nécessairement l’existence, mais que l’inverse n’est pas vrai. La perception de percevoir — formulée comme (qqch ressent qqch) — est constituée d’éléments moins complexes que la perception d’exister — (l’être qqch). En regroupant les deux premiers éléments ((qqch ressent) qqch), on montre que percevoir implique être ; mais pour établir l’inverse, il faudrait décomposer l’être qqch, lequel peut aussi bien désigner un objet ((ressent qqch) qqch) qu’un sujet ((qqch ressent) qqch). Ainsi, selon la manière dont on combine et recombine les éléments d’une même perception, on passe d’une vérité à une autre, sans que ces vérités soient immédiatement réductibles l’une à l’autre. Le tableau suivant illustre cette logique combinatoire.
En manipulant les éléments de base du perçu (qqch, ressent, être), on retrouve les principales notions de l’univers du discours ontologique — existence, conscience, percipience, etc. Cette même méthode peut s’appliquer à d’autres domaines d’expérience : par exemple, à l’adverbe « intense » dans le champ thermique. On y retrouve alors des correspondances structurales entre notions physiques, perceptives et linguistiques.
Ce tableau met en évidence ces correspondances dans l’univers du discours thermique. Il illustre comment un même schéma de complexification peut se manifester à travers des ordres différents : le physique (amplitude, pression, énergie…), le psychique (intensité, sensation, relation…) et le linguistique (intense, chaud, chauffant…). Ces correspondances ne relèvent pas d’une simple analogie entre langage et monde, mais d’une homologie ontogénétique : le langage, en sa structure même, procède du même mouvement d’auto-différenciation que le réel qu’il exprime. Autrement dit, le langage n’imite pas la réalité — il en émerge, comme une forme réflexive de son organisation interne.
Cette convergence suggère que le réel possède une double nature psycho-physique, où le mental et le matériel ne sont que deux expressions d’une même trame de différenciation. >Mais toute la terminologie est-elle réellement conditionnée par ces huit paliers ? Je pourrais en donner d’autres exemples (D2 : juste ⟶ le juste ou juge ⟶ juger ⟶ jugable ⟶ justice ⟶ judiciaire ⟶ judicieusement), mais la meilleure façon que je connaisse de le montrer reste encore dans l’usage d’un néologisme. Par exemple :
Gradient sémantique de « bob » (D2–D8)
-
D2 — bob (sensation)
Qualité immédiate : qualificatif direct exprimant une propriété sensible ou un état perçu.
Exemple : une ambiance bob. -
D3 — Bob (Configuration objet/sujet)
Entité individuelle : instance particulière incarnant la qualité « bob ».
Exemple : ce Bob-là manifeste l’essence du bob. -
D4 — bober (transition)
Action / processus : acte de manifester le bob, de produire ou d’opérer selon cette qualité.
Exemple : il bobe dès qu’il s’exprime. -
D5 — bobant (relation)
Processus en cours : ce qui manifeste la qualité de manière dynamique et interactive.
Exemple : une présence bobante. -
D6 — bobisme (principe)
Principe opératoire : archétype structurant à l’origine des manifestations bobiques.
Exemple : le bobisme n’est pas une idéologie, mais la loi interne du bob. -
D7 — bobeur (système)
Organisation du principe : système opérant ou agent structurant le principe bobique.
Exemple : le bobeur réalise et systématise le bobisme. -
D8 — bobment (contexte)
Champ d’expression : contexte ontologique ou mode global dans lequel le bob s’exprime.
Exemple : agir bobment = agir dans le champ du bob.
Il ne faut pas croire que cette classification ne s’applique qu’aux langues européennes. Le schéma D1 → D8 ne repose pas sur l’existence d’une chaîne de dérivations lexicales dans une langue donnée, mais sur un principe conceptuel : chaque « dimension » perceptive ajoute un niveau de structuration — intensité, relation, système, contexte, etc. En français ou en anglais, la morphologie rend ces étapes visibles par des dérivations (juste → justice → judiciaire → judicieusement). Mais dans les langues isolantes ou agglutinantes, ces mêmes étapes peuvent être exprimées par des mots distincts ou des constructions syntaxiques, sans que la logique conceptuelle change. Ainsi, les correspondances linguistiques proposées ici n’ont pas valeur de loi universelle : elles servent d’illustrations heuristiques de la cohérence interne du modèle.
Par exemple, en chinois ou en japonais, la progression existe, mais elle se réalise souvent par composition lexicale ou par particules et adverbes plutôt que par suffixation. Ce qui varie, c’est le support grammatical, non la logique de passage d’un axe dimensionnel à un autre.
Ce modèle n’affirme pas une vérité a priori : il propose une cohérence à mettre à l’épreuve. Qu’on en fasse l’étude — si l’analyse comparative des langues venait à montrer que cette hiérarchie n’existe pas, il faudrait en conclure que le modèle décrit non pas la structure du Réel, mais seulement la structure de notre pensée du Réel. Sa falsifiabilité linguistique en fait un instrument de vérification, non de croyance : plus les langues naturelles confirment cette progression sans exception, plus l’hypothèse axiale se renforce.
Ceci dit, le huitième niveau revêt une importance particulière pour la résolution de problèmes. Par exemple : vous voudriez avoir plus chaud ? Voici les solutions :
Les combinaisons perceptives illustrées ici ne sont pas des recettes, mais des manifestations d’une même structure d’organisation. La psychophysique montre ainsi comment CELA, en se déployant, produit simultanément la forme de notre expérience et la logique interne du monde.
Cette section introduit les bases physiques et psychiques du Réel selon CdR.
Nous allons maintenant explorer chacun de ces deux aspects plus en détail, et entrer dans ce qu’ils laissent entrevoir de vraiment extraordinaire dans ce monde qui nous entoure.
Pour aller plus loin
Cette présentation vulgarisée s’appuie sur un corpus technique formalisé de plus de 255 documents. Pour examiner les fondements rigoureux du modèle CdR :
- image001 — Densité et complexité — Forme minimale de la Substance du Réel
- image002 — Articulation psychophysique du Réel
- image003 — État non-étendu de CELA — Limite théorique
- image004 — Optimum structurel 5–6 axes — borne à 8
- image005 — Axe spatio-temporel minimal — distance, durée, mouvement
- image006 — Émergence des formes et notions physiques — axes spatio-temporels multiples
- image007 — Tableau axial des correspondances — notions physiques et niveaux axiaux
- image008 — Hiérarchie perceptive — organisation interne du vécu
- image009 — Saturation réflexive de la perception — borne structurelle D8
- image010 — Correspondances conceptuelles — physique, perception et langage
- image011 — Chemins structuraux vers un contexte — combinaisons perceptives et domaines lexicaux
Ces documents incluent formalismes mathématiques, critères de falsifiabilité et références académiques.









